Mé kèl lamayaz ankor ?
L’expression lamayaz exprime sans doute le mieux la complexité en créole réunionnais. Le sens est évidemment polysémique. Il peut s’agir de la pelote de fil emmêlé, d’une embrouille sociale, de l’emprise d’un groupe sur un individu, ou encore d’une construction (sociale ou matérielle) qu’on a du mal à déconstruire : « mi kompran pa out lamayaz ».
Assé amay amwin, lâche-moi ! May ali, embête-le, gêne-le, ne lui facilite pas la tâche ! Injonction souvent faite aux « petits » pour entraver l’action des plus grands, des plus forts.
La complexité dont je veux traiter ici est ordinaire. C’est celle qui surgit dans nos vies souvent sans prévenir, comme un accident. Placés devant le fait accompli, nous avons alors la possibilité de l’ignorer ou de l’accueillir. Le déni ou la curiosité ? Cette question se pose à chaque coin de rue. Et peut se transformer en vraie hantise pour le citadin ou le néo-rural.
Mais la cité n’est-elle que ville ? La cité est avant tout la communauté que je n’ai pas toujours choisie, mais avec laquelle je dois apprendre à composer. Parce que ma survie en dépend. Il existe aussi les cités virtuelles que nous choisissons la plupart du temps et qui fonctionnent comme des miroirs sociaux, nous renvoyant constamment aux mêmes images qui nous rassurent à court terme. Mais sitôt revenus à la réalité plate, le moindre aboiement de chien ou grincement de porte peut nous faire sursauter.