Repenser les liens

La confiance est à la base de la vie sociale. Difficile à obtenir, elle est au contraire facile à perdre. Et l’ami que l’on a patiemment accueilli peut très vite devenir ennemi, poussé par un besoin supérieur qui l’oblige à rompre l’amitié. Mais la société a aussi besoin de ses « traîtres » pour évoluer.

La confiance a une dimension morale qui permet de prendre un risque dans une relation. C’est un pas en avant incontournable, sans lequel il ne pourrait y avoir de lien entre moi et l’autre. Ce sont mes projections qui établissent les premiers contacts avec l’autre. De manière inconsciente, mes préjugés explorent le terrain. Et si les signaux sont au vert, je ferai l’effort du premier échange, suivi d’un autre et ainsi de suite jusqu’à ce que la confiance, l’amitié, mais encore l’amour aient pris place dans ce nouveau lieu commun.  Mais, pour que la confiance fonctionne sainement, elle doit être questionnée, analysée et modélisée.

Le citoyen ordinaire manifeste aujourd’hui plus de méfiance que de confiance. Il a l’impression de vivre une arnaque permanente, d’être trahi dans sa souveraineté, sa voix ne comptant qu’une fois arrivée dans l’urne. Mais cette voix-là n’a pas d’identité, elle ne parle pas de ses problèmes et elle ne va pas changer grand-chose, ajoutée aux voix partisanes ou soustraite aux voix concurrentes. Il ne lui restera alors que la rancune qui s’imprimera dans sa mémoire ainsi que dans la mémoire d’un collectif plus grand, porteuse de la même amertume. C’est ainsi que nous sommes arrivés à un stade ou la méfiance et la rancune se sont généralisées à l’ensemble de la société. Or, les institutions doivent nous aider à retrouver la confiance ! Dans un contexte de versatilité politique, il devient compliqué pour une institution  d’incarner une parole publique digne de la morale publique. Tout agent de la puissance publique devient à partir de ce moment complice d’un ordre qui ne rechercherait qu’à nuire au citoyen. A cela s’ajoute un univers numérique qui aiguise nos penchants narcissiques, transformant chacune de nos âmes connectées en une bombe sociale susceptible d’exploser à tout moment, à la moindre notification contrariante.

Prendre de la distance pour aller chercher les faits, les questionner, formuler des hypothèses, les mettre en doute, c’est le vrai chemin de la confiance en soi. Ce n’est pas mettre mes certitudes en boucle algorithmique, mais les mettre en doute sous forme de boucles récursives, sur lesquelles j’ai la main pour faire « Play » ou « Stop ». Cela me permet d’encaisser les évènements qui viennent percuter mon existence, de les absorber et de les reformuler à mon avantage, sans toutefois négliger le désir de l’autre.

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